Publié le 15 mars 2024

La quête du son de guitare parfait ne se termine pas avec l’achat de la pédale ultime, elle commence par la maîtrise de vos doigts.

  • Votre angle d’attaque et votre toucher modifient plus radicalement votre timbre qu’un nouvel overdrive.
  • Un gain modéré et superposé (stacking) offre un son plus massif et défini qu’une distorsion poussée au maximum.
  • Un bon réglage de l’action et de l’intonation de votre instrument est souvent plus efficace qu’un changement de guitare.

Recommandation : Avant tout nouvel achat, consacrez du temps à l’audit de votre technique de jeu et au réglage fin de votre matériel actuel. Le son que vous cherchez s’y cache probablement déjà.

Vous connaissez la scène : le pedalboard est plein à craquer, les câbles forment un plat de spaghettis coloré, et pourtant, une fois l’ampli allumé, la magie n’opère pas. Cette frustration, familière à tant de guitaristes, nourrit un cycle sans fin : la fameuse « quête du son » ou GAS (Gear Acquisition Syndrome). On écume les forums, on regarde des heures de démos sur YouTube, convaincu que la prochaine pédale, le prochain ampli ou la prochaine guitare sera enfin LA solution. On cherche à reproduire le son de nos idoles, on collectionne les overdrives, mais le résultat sonne toujours plat, sans âme, ou au contraire, comme une bouillie indistincte.

La plupart des conseils se concentrent sur le matériel, sur des listes de « meilleurs achats » ou des configurations types. Ces approches ont leur utilité, mais elles passent à côté de l’essentiel. Et si le problème n’était pas un manque, mais un trop-plein ? Et si le secret ne résidait pas dans l’ajout constant de nouveaux éléments, mais dans la compréhension profonde et la maîtrise de chaque maillon de la chaîne, y compris le plus important et souvent le plus négligé : vous-même.

Cet article propose de renverser la perspective. Oubliez la course à l’armement. Nous allons plonger au cœur de ce qui fait réellement un son : l’interaction entre le musicien et sa machine. De l’ordre des effets revisité de manière créative à l’impact décisif de votre attaque, en passant par les réglages que vous pouvez faire vous-même pour transformer votre instrument, nous explorerons comment sculpter votre timbre avec intentionnalité. L’objectif n’est pas de vous donner une nouvelle liste de courses, mais de vous redonner le contrôle et de vous montrer que votre son signature est déjà à portée de main.

Pour vous guider dans cette démarche de « sculpture sonore », nous allons décortiquer ensemble les aspects souvent sous-estimés de votre équipement et de votre jeu. Cet article est structuré pour vous accompagner pas à pas, des fondamentaux de la chaîne d’effets aux modifications plus avancées, afin de libérer le plein potentiel de votre matériel actuel.

Pourquoi mettre la Reverb avant la Distorsion crée-t-il une bouillie sonore ?

L’ordre des pédales d’effet est souvent présenté comme un dogme intangible. La configuration classique (Accordeur → Compresseur/Wah → Overdrive/Distorsion → Modulation → Delay → Reverb) a pour but de préserver la clarté. Placer une réverbération, qui crée des répétitions diffuses (la « queue » de reverb), avant une pédale de saturation a un effet logique : la distorsion va compresser et amplifier non seulement la note directe, mais aussi toute cette queue de réverbération. Le résultat est souvent ce que les musiciens appellent une « bouillie sonore », un mur de son où chaque note perd sa définition et son attaque, noyée dans un brouillard de saturation.

Cependant, ce qui est une erreur dans un contexte peut devenir un puissant outil créatif dans un autre. Comprendre la règle permet justement de la briser avec intention. Le son « Shoegaze », par exemple, repose en grande partie sur cette technique. En plaçant une reverb avec un temps de déclin long avant une fuzz ou une distorsion, on ne cherche plus la clarté de la note, mais la création d’une nappe texturée et atmosphérique. Le signal réverbéré, en entrant dans la saturation, crée une texture dense et évolutive que l’on ne pourrait obtenir autrement.

L’approche française du Shoegaze avec Alcest

Le groupe de post-rock français Alcest est un maître en la matière. Ils utilisent délibérément la réverbération avant la distorsion pour façonner leurs paysages sonores éthérés caractéristiques. Cette technique, qui serait normalement déconseillée car elle sacrifie la définition des notes, devient l’élément central de leur identité sonore. Le signal réverbéré, qui dure plus longtemps, est sculpté par la pédale de distorsion, créant cette texture atmosphérique unique, comme le confirme une analyse de leur chaîne d’effets. Le contrôle du potard de « mix » de la reverb (autour de 30-40%) est alors crucial pour ne pas perdre totalement le contrôle.

L’expérimentation est donc reine. Au-delà des configurations « classique » et « shoegaze », une troisième voie existe pour les amplis qui en sont pourvus : la boucle d’effets. Elle permet de placer les effets temporels (delay, reverb) après la section de préamplification de l’ampli (là où le son est saturé), tout en gardant les pédales de gain et de dynamique en façade. C’est le meilleur des deux mondes pour qui cherche à la fois un gain d’ampli authentique et des effets d’ambiance clairs.

Ampli à lampes ou Kemper numérique : quel choix pour jouer en appartement ?

La quête du son se heurte souvent à une réalité implacable : le volume sonore. Pousser un ampli à lampes de 50 watts pour atteindre son « sweet spot » est mission impossible en appartement. Cette contrainte a nourri une innovation technologique foisonnante, offrant aujourd’hui un large éventail de solutions pour obtenir un son de qualité professionnelle à bas volume. Le choix ne se limite plus à un petit ampli à transistors bon marché face à un monstre à lampes inutilisable.

Les amplis à lampes de faible puissance (1 à 5 watts) représentent un excellent compromis, mais même à 1 watt, le volume peut être trop élevé. C’est là qu’interviennent les « loadboxes ». Ces boîtiers se placent entre la tête d’ampli et le baffle (ou remplacent ce dernier) pour absorber la puissance de l’ampli et permettre de jouer au casque ou d’enregistrer en silence, tout en conservant le grain authentique des lampes qui saturent. La marque française Two Notes est devenue une référence mondiale dans ce domaine, proposant des solutions complètes qui simulent également les baffles et les micros (IRs – Impulse Responses).

Configuration d'un petit ampli à lampes avec loadbox Two Notes dans un appartement moderne, mise en scène intimiste pour jeu silencieux

À l’autre bout du spectre, la modélisation numérique a atteint une maturité impressionnante. Des appareils comme le Kemper Profiler ou les produits Fractal Audio Axe-Fx ne se contentent pas de simuler des amplis : ils les « profilent » ou les capturent pour en reproduire le comportement exact. Leur avantage est une polyvalence quasi infinie, permettant d’accéder à des centaines d’amplis de légende en qualité studio, directement au casque ou sur des enceintes de monitoring. Si l’investissement initial est élevé, il peut remplacer un studio entier d’amplis et de pédales.

Pour mieux visualiser les options, ce tableau compare les solutions les plus courantes pour les guitaristes en appartement. Il est important de noter que même des options économiques comme le Boss Katana offrent aujourd’hui des atténuateurs de puissance intégrés et une qualité sonore très convaincante pour le travail à la maison.

Comparaison des solutions pour jouer en appartement
Solution Prix moyen Avantages Inconvénients
Ampli lampes 1-5W + Loadbox Two Notes 800-1500€ Son lampes authentique, silencieux, enregistrement direct Investissement élevé, comme le Torpedo Reload II à 999€.
Boss Katana/Orange Crush 200-400€ Bon son à bas volume, économique Pas le grain des lampes
Kemper/Axe-Fx 1500-2500€ Polyvalence infinie, qualité studio Prix, courbe d’apprentissage
Laney IRT Studio 350€ occasion 3 canaux, mode 1W, loadbox incluse Moins de headroom qu’un gros ampli

Comment changer radicalement de timbre juste en changeant l’angle d’attaque ?

C’est sans doute le point le plus sous-estimé par les guitaristes en quête de matériel : le son vient avant tout des doigts. Avant même d’atteindre la première pédale, le timbre est déjà sculpté par la manière dont vous interagissez avec les cordes. L’attaque au médiator, le vibrato, la pression de la main gauche… tous ces paramètres constituent votre « dynamique de jeu » et ont un impact plus fondamental sur le son que n’importe quel équipement. Un guitariste expert sonnera toujours comme lui-même, qu’il joue sur une Squier à 200€ ou une Custom Shop à 5000€.

Le son vient des doigts avant de venir du matériel – c’est l’héritage que nous ont transmis les maîtres du jazz manouche comme Django Reinhardt.

– Biréli Lagrène, Tradition du Jazz Manouche français

Le médiator est votre premier outil de sculpture sonore. Son épaisseur, sa matière et sa forme influencent directement la brillance et la rondeur de l’attaque. Mais plus encore, l’angle d’attaque du médiator par rapport à la corde est un véritable équaliseur naturel. Une attaque perpendiculaire à la corde produit un son plein et rond. En inclinant le médiator à 45 degrés, on « tranche » la corde, ce qui ajoute de la brillance et de l’agressivité. Une attaque presque parallèle à la corde, effleurant celle-ci, donnera un son beaucoup plus doux et feutré.

La position de votre main droite sur la guitare est tout aussi cruciale. Jouer près du chevalet produit un son fin, métallique et riche en harmoniques (le fameux « twang »). En vous déplaçant vers le manche, le son devient progressivement plus rond, plus chaud et plus grave, idéal pour des sonorités jazz ou blues. Pour vous en convaincre, il suffit d’enregistrer le même riff en variant ces paramètres. L’expérimentation est simple et ne coûte rien :

  • Variez les médiators : Enregistrez le même riff avec 5 médiators différents : un Dunlop Jazz III (1.38mm), un Tortex (0.60mm), un en nylon (0.46mm), et si possible, un en bois ou en métal pour des textures extrêmes.
  • Testez les angles d’attaque : Concentrez-vous sur l’angle de votre médiator : perpendiculaire (son rond), incliné à 45° (plus brillant), et presque parallèle (son très doux).
  • Explorez les techniques alternatives : Essayez le même passage en fingerstyle (jeu aux doigts) pour plus de chaleur, en hybrid picking (médiator + doigts) pour la polyvalence, ou même avec une pièce de monnaie pour un son ultra brillant à la Brian May.
  • Changez la position de picking : Jouez le même accord près du chevalet, puis au milieu, puis près du manche. L’EQ change radicalement.

Le piège de mettre le gain à 10 qui tue la définition de vos accords

Le réflexe est commun : pour un son « plus gros », on pousse le potard de gain. Si cela peut sembler impressionnant quand on joue seul dans sa chambre, c’est une des erreurs les plus courantes qui ruinent un son en contexte de groupe. Un gain excessif sur une pédale de distorsion ou un ampli compresse énormément le signal. Résultat : la dynamique de jeu est écrasée, l’attaque des notes disparaît et les accords complexes deviennent une bouillie sonore indistincte. Le son qui paraissait énorme seul se retrouve noyé dans le mix, sans aucune capacité à percer à travers la batterie et la basse.

Le secret des professionnels n’est pas d’utiliser une seule source de saturation massive, mais de superposer plusieurs étages de gain léger. C’est ce qu’on appelle le « stacking de gain ». Cette technique permet de construire un son riche, complexe et plein de sustain, tout en conservant la définition de chaque note et la dynamique de votre jeu. Le son final est bien plus « gros » et musical qu’avec une seule pédale poussée dans ses retranchements.

Technique du ‘Stacking de Gain’ pour un son massif mais défini

L’approche professionnelle consiste à superposer plusieurs étages de saturation légère. Par exemple, commencez par régler votre ampli pour obtenir un léger « crunch » (gain à 3 ou 4 sur 10). Ensuite, ajoutez en amont un overdrive de type Tube Screamer, non pas pour le gain, mais comme un « boost » : réglez son gain au minimum et son volume au maximum. Cette pédale va resserrer les basses et booster les médiums de votre signal avant qu’il n’attaque l’ampli, offrant une saturation plus précise et articulée. Vous pouvez même ajouter une troisième pédale de distorsion avec un gain léger pour la dernière couche de sustain. Cette approche, popularisée par des légendes comme Brian May, offre un son crémeux et riche tout en préservant l’intégrité de chaque note de vos accords.

Le réglage du gain doit donc toujours être contextuel. Un son qui fonctionne en solo ne fonctionnera pas forcément en groupe. Il faut apprendre à sculpter son gain non pas pour être le plus « gros » possible, mais pour trouver sa place dans le spectre fréquentiel du groupe. Souvent, cela signifie baisser le gain et travailler son égalisation (EQ), notamment en gérant les basses qui entrent en conflit avec la basse et la grosse caisse, et en ajustant les médiums pour se faire entendre.

Réglages de gain selon le contexte musical
Contexte Réglage gain EQ conseillé Astuce pro
Solo à la maison 6-8 Médiums boostés Acceptable car pas de mix à percer
Répétition rock 4-5 Médiums creusés légèrement Laisse de la place à la basse et à l’autre guitare
Studio rythmique 3-4 Basses coupées à 80Hz (high-pass filter) Le double-tracking (enregistrer deux fois la même piste) épaissira le son
Live avec groupe 4-6 Médiums présents (800Hz-2kHz) Le son ‘énorme seul’ disparaît dans le mix, il faut percer

Régler l’action et l’intonation : les gestes simples pour sauver 50€ de luthier

Vous pouvez posséder la meilleure guitare du monde, si elle est mal réglée, elle sonnera faux et sera inconfortable à jouer. L’action (la hauteur des cordes par rapport au manche) et l’intonation (la justesse des notes sur toute la longueur du manche) sont les deux piliers d’un instrument jouable et juste. Trop souvent, les guitaristes subissent un mauvais réglage en pensant que c’est une fatalité ou que cela nécessite obligatoirement l’intervention coûteuse d’un luthier. Pourtant, avec quelques outils simples et un peu de méthode, ces ajustements de base sont à la portée de tous.

Une action trop haute rend le jeu difficile, demande plus de force dans les doigts et peut affecter la justesse car on doit trop appuyer sur la corde. Une action trop basse provoque du « buzz » : les cordes vibrent contre les frettes, tuant le sustain et créant des bruits parasites. Trouver le bon équilibre est la clé du confort et d’un son propre. L’intonation, quant à elle, est cruciale : une guitare mal intonée peut être juste sur les cordes à vide mais sonner horriblement faux dès que vous jouez un accord en haut du manche.

Investir dans un petit kit de réglage est l’une des dépenses les plus rentables pour un guitariste. Pour un budget souvent inférieur à une visite chez le luthier, vous pouvez acquérir les outils nécessaires pour maintenir votre instrument en parfait état de jeu. Selon plusieurs fournisseurs français, un kit de base pour débutant comprenant une règle de luthier, un jeu de clés Allen et une jauge d’action coûte environ 85€. C’est un investissement unique qui vous servira sur toutes vos guitares, pour toute votre vie de musicien.

Votre plan d’action pour un réglage maison

  1. Points de contact : Identifiez les éléments à ajuster : la courbure du manche (via le truss rod), la hauteur des pontets sur le chevalet (pour l’action), et leur position avant/arrière (pour l’intonation).
  2. Collecte des données : Avec un accordeur précis, vérifiez l’intonation en comparant la note de la corde à vide à celle de la 12ème frette. Utilisez une règle de luthier pour mesurer la hauteur de l’action à la 12ème frette (un bon point de départ est souvent 2mm pour la corde de Mi grave et 1.6mm pour le Mi aigu).
  3. Cohérence : Assurez-vous d’effectuer les réglages dans le bon ordre : 1. Courbure du manche, 2. Hauteur des cordes (action), 3. Intonation. Changer l’un affecte les autres, cet ordre est donc primordial.
  4. Mémorabilité/émotion : Après chaque micro-ajustement, jouez. Sentez-vous la différence de confort ? Le son est-il plus propre, plus juste ? Fiez-vous à vos oreilles et à vos doigts.
  5. Plan d’intégration : Pour l’intonation, si la note à la 12ème frette est trop haute (dièse), reculez le pontet. Si elle est trop basse (bémol), avancez-le. Procédez corde par corde jusqu’à la perfection.

Single Coil vs Humbucker : quel micro installer pour un son plus chaud ?

Les micros sont le cœur de la guitare électrique ; ils transforment la vibration des cordes en signal électrique. Changer les micros est l’une des modifications les plus efficaces pour transformer radicalement le caractère d’un instrument. La distinction la plus fondamentale se fait entre les micros à simple bobinage (Single Coil) et ceux à double bobinage (Humbucker). Les single coils, typiques des Fender Stratocaster et Telecaster, sont connus pour leur son brillant, claquant et précis, mais ils sont aussi sensibles aux parasites (le fameux « hum » ou « buzz » en 60Hz).

Le humbucker a été inventé précisément pour « buck the hum » (combattre ce buzz) en utilisant deux bobines montées en opposition de phase. Ce design a un effet secondaire majeur sur le son : il est plus puissant, plus épais, plus riche en médiums et globalement plus « chaud » que celui d’un single coil. C’est le son emblématique des Gibson Les Paul. Pour un guitariste cherchant un son plus chaud et rond, remplacer un set de single coils par des humbuckers est donc une option évidente. Cependant, il existe un univers de nuances entre ces deux extrêmes, notamment les micros P-90, qui sont techniquement des single coils mais avec une bobine plus large, offrant un son plus gras et agressif qu’un single coil standard, mais avec plus de clarté qu’un humbucker.

L’artisanat français des micros boutique

Plutôt que de se tourner vers les grandes marques américaines, le marché français regorge d’artisans exceptionnels. Des fabricants comme SP Custom (basé en région parisienne), Hepcat ou Benedetti offrent des micros faits main et des conseils personnalisés. SP Custom, par exemple, propose des consultations pour créer des micros sur-mesure adaptés à votre guitare et à votre style. Leurs modèles P-90 « vintage correct » sont particulièrement recherchés pour leur caractère et leur chaleur, se positionnant comme le juste milieu parfait entre le claquant du simple bobinage et la rondeur du double.

Mais avant même de changer les micros, il est possible de modifier leur son en jouant sur l’électronique de la guitare. La valeur des potentiomètres a un impact direct sur la brillance du son. C’est une modification peu coûteuse et réversible qui peut faire une différence surprenante :

  • Pour éclaircir un humbucker trop sombre : Remplacez les potentiomètres de volume et de tonalité de 500k Ohms (standard pour les humbuckers) par des valeurs de 1M Ohms. Cela laissera passer plus d’aigus.
  • Pour réchauffer un single coil trop criard : Faites l’inverse, passez de potentiomètres de 250k ou 500k à 250k Ohms pour adoucir les hautes fréquences.
  • Conservez les aigus en baissant le volume : L’ajout d’un simple condensateur et d’une résistance (« treble bleed ») sur le potentiomètre de volume (coût : moins de 10€) empêche le son de devenir sourd lorsque vous baissez le volume sur la guitare.
  • Jouez avec les condensateurs de tonalité : La valeur standard est souvent 0.022µF. Essayer une valeur plus élevée comme 0.047µF rendra l’action du potard de tonalité plus sombre et plus progressive.

Vrai synthé ou VST : lequel choisir pour une texture Lo-Fi authentique ?

La recherche d’un son « authentique » prend parfois des chemins de traverse. Pour obtenir une texture Lo-Fi (Low Fidelity), caractérisée par une certaine instabilité, une saturation douce et des imperfections sonores, la solution n’est pas toujours dans la haute technologie. Ce style, qui évoque la chaleur des vieilles cassettes ou des vinyles usés, peut être approché de plusieurs manières par les guitaristes, que ce soit via du matériel dédié (hardware) ou des logiciels (VST – Virtual Studio Technology).

L’approche hardware est souvent la plus intuitive pour un guitariste. Des pédales spécialisées ont été créées pour simuler ces imperfections. Elles combinent souvent des effets de chorus/vibrato aléatoire (pour simuler le « wow and flutter » d’une bande magnétique qui ondule), un filtre pour couper les aigus et les graves, et une légère saturation ou compression. C’est une solution « plug-and-play » qui offre un rendu très organique et une manipulation en temps réel, mais qui peut être coûteuse.

L’approche ‘French Touch’ du Lo-Fi appliquée à la guitare

La scène « French Touch » moderne, avec des groupes comme L’Impératrice, excelle dans la création de textures Lo-Fi. Leur approche est souvent hybride. Pour la guitare, l’utilisation de pédales dédiées comme la Zvex Lo-Fi Junky ou la Chase Bliss Generation Loss est courante. Cependant, une alternative plus économique et tout aussi créative consiste à utiliser des pédales de chorus ou de vibrato vintage, parfois légèrement désaccordées, pour créer cette instabilité sonore. Une autre technique consiste à enregistrer la piste de guitare sur un vieux magnétophone à cassette, puis de la ré-enregistrer dans son ordinateur. Cette double conversion ajoute une compression et une saturation de bande authentiques.

Les VST, de leur côté, offrent une flexibilité incroyable à un coût souvent moindre. Il existe des dizaines de plugins dédiés à la simulation de bandes, de vinyles ou de machines vintage. L’avantage est de pouvoir appliquer et ajuster l’effet après l’enregistrement, et de sauvegarder ses réglages. Pour un guitariste, cela peut vouloir dire enregistrer une piste de guitare très propre, puis la « salir » en post-production. Le résultat peut être excellent, bien que certains puristes trouvent le rendu moins « organique » ou « aléatoire » que celui du matériel analogique.

Solutions Lo-Fi : Hardware vs Software pour guitaristes
Solution Coût Avantages Rendu Lo-Fi
Pédales dédiées (Zvex, Chase Bliss) 300-500€ Manipulation temps réel, authentique Excellent, artefacts naturels
VST + pédales classiques 50-150€ Flexibilité, économique Bon avec traitement créatif
Magnétophone cassette 50-200€ Vintage authentique Parfait mais workflow lent
Amp simulator + IR Lo-Fi 0-100€ Rappelable, pratique Correct mais moins organique

À retenir

  • Le son vient des doigts avant tout : votre attaque, votre vibrato et votre toucher ont plus d’impact que n’importe quelle pédale.
  • La modération est la clé du son professionnel : un gain modéré et superposé (stacking) offrira toujours plus de définition et de puissance perçue en groupe qu’un gain poussé au maximum.
  • La connaissance est plus rentable que l’achat : savoir régler l’action et l’intonation de sa guitare et comprendre son électronique apporte plus de valeur que l’acquisition de nouveau matériel.

Comment modifier l’électronique de votre guitare pour transformer un modèle basique en bête de scène ?

L’idée qu’une guitare d’entrée ou de milieu de gamme est condamnée à un son médiocre est un mythe tenace. En réalité, la lutherie (la qualité des bois et de l’assemblage) de nombreuses guitares modernes, même abordables, est souvent excellente. Le maillon faible se situe presque toujours au niveau de l’électronique et de l’accastillage : micros, potentiomètres, sélecteur, et chevalet. C’est une excellente nouvelle, car ce sont précisément les parties les plus faciles et les moins coûteuses à améliorer.

Modifier l’électronique de sa guitare est le projet « Do It Yourself » par excellence pour tout guitariste. Avec quelques notions de soudure (un fer à souder de base coûte moins de 30€), un monde de possibilités s’ouvre à vous. Le changement des micros est l’étape la plus spectaculaire, comme nous l’avons vu. Installer un set de micros de qualité, qu’ils soient d’une grande marque ou d’un artisan français, peut métamorphoser une guitare basique en un instrument au caractère affirmé, rivalisant avec des modèles bien plus chers.

Mais l’upgrade ne s’arrête pas là. Changer les potentiomètres pour des modèles de haute qualité (comme des CTS) améliorera la progressivité des réglages de volume et de tonalité. Remplacer le sélecteur de micro et la prise jack par des modèles robustes (Switchcraft, par exemple) fiabilisera votre instrument pour la scène. Chaque composant de la chaîne du signal a son importance. C’est un processus progressif où chaque petite amélioration s’additionne pour un résultat final impressionnant.

Une Squier ou Epiphone bien modifiée peut rivaliser avec des guitares à 2000€. L’important c’est de savoir exactement ce qu’on veut comme son et d’y aller progressivement.

– Alexandre Bouyssou, Luthier MOF – L’Atelier d’Alexandre, Orsay

Cette démarche de modification est l’aboutissement de la quête du son : au lieu d’acheter une nouvelle guitare dans l’espoir qu’elle corresponde à vos attentes, vous prenez une base saine et vous la façonnez pour qu’elle devienne l’extension parfaite de vos intentions musicales. C’est un chemin plus exigeant, mais infiniment plus gratifiant. Il vous force à définir précisément le son que vous avez en tête et à comprendre comment chaque composant contribue à l’obtenir.

Alors, avant de cliquer sur « acheter » pour cette nouvelle pédale qui vous fait de l’œil, prenez un moment. Branchez votre guitare, explorez les nuances de votre attaque, expérimentez avec les réglages de gain de votre matériel, et envisagez peut-être ce que quelques modifications ciblées pourraient apporter. Votre son signature, ce timbre unique qui n’appartient qu’à vous, ne se trouve pas dans un catalogue, mais au bout de vos doigts et dans la connaissance intime de votre instrument.

Rédigé par Alexandre Renard, Régisseur technique, guitariste de tournée et "Backliner" polyvalent. 10 ans de route sur les scènes de festivals et Zéniths, expert en matériel guitare, batterie et sonorisation live.